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dernière mise à jour
5 février 2001
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> 15 & 16 mars
> 19 avril
> 7 juin |
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> jeudi 8 février
Paris
10h
DJOMEH
Hassan YEKTAPANAH 1h34
sortie : 7 mars
> SAGITTAIRE FILMS
11h45
NUAGES DE MAI
Nuri Bilge CEYLAN 1h55
sortie : 21 mars
>FILMS DU PARADOXE
14h45
À MA SOEUR
Catherine BREILLAT 1h33
sortie : 7 mars
> REZO FILMS
16h 30
O FANTASMA
Joao Pedro RPDRIGUEZ 1h30
sortie : 21 mars
> EPICENTRE FILMS
18h15
MIRAGE (Assarab)
Ahmed BOUANANI 1h40
sortie : 7 mars
> POM FILMS
20h15
HOME SWEET HOME
Heidi DRAPER & Michael RAEBURN 1h25
sortie : 7 mars
>DOC DIFFUSION
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> Article éclairant de Jean-Michel Frodon sur ce qu'engagent plus largement politique culturelle nationale et rôle d'un état républicain les cartes illimitées |
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>> Astuce commerciale faisant la joie (pas toujours justifiée) des consommateurs et alarmant une partie des professionnels, la carte daccès illimité aux cinémas pour un tarif mensuel forfaitaire lancée par UGC ce printemps et désormais imitée par ses concurrents, provoque un séisme dans lhistoire des relations entre lÉtat français et le milieu cinématographique. Elle prend valeur de symbole pour l'ensemble de la politique culturelle nationale, voire pour une certaine représentation de la puissance publique, qui fait partie de lidentité française elle-même. Au-delà des effets, bien réels des cartes « illimité » et « Le Pass » sur la moindre diversité de loffre cinématographique, la manière dont ces cartes ont été imposées est encore plus significative.
Pour en prendre la mesure, il faut se rappeler limportance politique, administrative, financière et symbolique du dispositif mis en place depuis trois quart de siècle entre le cinéma et lÉtat. Ébauchées dès les années 20, ces relations ont été nettement renforcées lors de larrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958, de la création dun ministère des affaires culturelles et de son attribution à une personnalité telle quAndré Malraux. La tutelle exercée par le Centre national de la Cinématographie (CNC) fut alors retirée au ministère de lIndustrie pour passer sous lautorité de la Rue de Valois, tandis quétaient mises en place les bases des principaux mécanismes du soutien actif de la puissance publique à un secteur qui, depuis quil existe, est considéré non sans raison par lÉtat français comme une ressource stratégique.
Selon un processus continu, mais qui a connu un puissant coup daccélérateur sous la direction de Jack Lang, le ministère de la Culture a mis en place un véritable filet protecteur. Outre un soutien direct, il a organisé lirrigation régulière de lensemble de la profession par le biais dune taxe spéciale, complétée par une ponction considérable sur les diffuseurs télévisuels. En dialogue permanent avec les représentants de lindustrie, le CNC a multiplié les instances de concertation, de péréquation, daccompagnement des plus entreprenants et, simultanément, de prise en compte des intérêts culturels collectifs.
Cette relation a permis le maintien du tissu industriel et artistique français quand les autres cinématographies européennes seffondraient. elle sest aussi traduite par une mobilisation politique jamais prise en défaut face aux périls internes (la montée en puissance de la télévision) et externes (la menace hollywoodienne, les négociations commerciales internationales), quelle que soit la couleur politique du gouvernement. La « cogestion » par lÉtat et le secteur privé était devenu larchétype du modèle français de politique culturelle. et même un symbole dune certaine forme historique dintervention du pouvoir central dans la vie de la nation, caractéristique de la République française, mais plongeant ses racines dans le passé monarchiste.
Lampleur de la rupture intervenue se mesure mieux en regard dune certaine toile de fond. Lorsque Guy Verrechia, le patron dUGC, annonce, le 29 mars, le lancement de sa carte, il introduit une modification substancielle dans les règles dun jeu commercial. Quil le fasse sans en avoir averti le CNC, et moins encore discuté avec lui, revient à déchirer comme un torchon de papier le pacte politique et moral qui unit les professionnels du cinéma et la puissance publique depuis des décennies. Un tel comportement sexplique en partie par la récente faiblesse du Centre du Cinéma, qui, depuis deux ans, semble avoir perdu toute faculté dinitiative et même tout ressort négociateur. au point que lhebdomadaire corporatif Le Film français, termine son éditorial du 8 septembre en posant la question : « Y a-t-il un pilote dans lavion [du CNC] ? »
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Arrivée au ministère de la Culture et de la Communication quelques jours après cette mesure intempestive dUGC, Catherine Tasca adopte une position très ferme qui, dans un premier temps, bloque la mise en place de la carte. on pouvait croire alors au rétablissement de relations correctes au nom dun intérêt collectif qui est, à la fois, celui de lensemble des professionnels, celui de lart du cinéma et celui des spectateurs. illusion détruite le 26 juillet lorsque, avec la plus parfaite mauvaise foi, UGC profite dune décision ponctuelle du Conseil de la Concurrence, bien avant quil ait statué au fond, suite à la saisine de la ministre, pour remettre sa carte en vente. Son triomphe commercial prend de court les réflexions collectives engagées par les pouvoirs publics, et redouble le camouflet.
Dès lors, rien ne peut empêcher les autres grands groupes, Pathé et Gaumont, dimiter UGC, sous peine dêtre distancés. en août, ils testent leurs propres cartes à Nantes ; le 12 septembre, Gaumont annonce son extension au pays en même temps que son alliance avec la mini-major parisienne MK2. les indépendants, eux, sont face à un choix simple : faire allégeance à un groupe ou disparaître. cest le retour de la loi de la jungle. on peut naturellement sattendre quun discours vantant les mérites du seul marché se fasse désormais entendre en rappelant que le marché, ce sont les consommateurs, le public, qui sont également des futurs électeurs au cas où les politiques songeraient à aller contre la sacro-sainte tendance lourde. il reste à savoir si un secteur aussi protégé que le cinéma est disposé à troquer limmense soutien public dont il bénéficie contre cette nouvelle liberté.
À léchelle du cinéma, on peut sattendre à deux conséquences de ces péripéties, survenues dans un paysage déjà malmené par dautres révolutions, larrivée des chaînes thématiques et lessor des multiplexes, et par lév»énement majeur que fut la prise de contrôle dUniversal par VivendiCanal+ en juin 2000 là aussi le CNC est resté totalement absent.
Il en, résultera un éclatement entre deux pôles dactivité (production et exploitation), dont lunité faisait la force du « cinéma français », et lécrasement ou labsorption des structures de moindre importance par des géants (Canal+ côté production, les majors côté exploitation). En attendant lentrée des Américains sur le marché français, dont on ne voit plus qui aujourdhui pourra sy opposer.
À léchelle plus vaste de la politique culturelle nationale, cest un revers majeur, peut-être irréversible, en labsence dinitiatives rapides et déterminées, que vient de subir une idée jusqualors considérée comme républicaine de lintervention de lÉtat dans la culture.
Jean-Michel Frodon, Le Monde, mardi 19 septembre |
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